Dictionnaire
des principaux Arts Martiaux Asiatiques

Ba-gua-quan (Wushu / Chine)

« Poing des huit trigrammes » (référence à l’ouvrage Yi-jing), aussi Ba-gua-Zhang, (Paumes des huit trigrammes ») ou Pa-kua-chuan. Système de boxe classé dans le courant interne (Neijia) en raison de ses relations étroites avec la question de la maîtrise de l’énergie interne (Qi-gong ou Chi-Kung) et le système cosmogonique chinois (Wu-xing). Il a été créé à la charnière des XVIIIe et XIXe siècles dans la province du Hebei par Dong Hai-chuan (Tung Hai-chuan) et consiste en une succession de mouvements de la main ouverte exécutés en solo en se déplaçant sur la circonférence d’un cercle imaginaire d’environ trois mètres de diamètre. Le but est d’esquiver les coups tout en collant à l’adversaire pour conclure en corps à corps à tout moment avec une brusque focalisation de l’énergie jusque-là fluide. Les mouvements fondamentaux des mains dans le Ba-gua-zhang sont les suivants : changement simple, changement double, main qui suit,j main derrière le dos, mains et corps en rotation, main en prise double, main qui écrase, main et corps en volte-face. Chacun de ces 8 mouvements peut se transformer en n’importe lequel des 7 autres et former ainsi 64 transformations inspirées des 64 transformations des 8 trigrammes (Ba-gua). Les mouvements fondamentaux des pieds sont au nombre de 4 : monter, descendre, ouvrir, fermer.
Lorsque l’exercice est fait avec partenaire (formes d’applications) les mouvements de la mains ouverte sont détente (Kai), poussée (Peng), et saisie (Chan). Le Ba-gua est un style de boxe chinoise extrêmement déroutant parce qu’hermétique vu de l’extérieur : le pratiquant évolue rapidement en déplacements circulaires autour d’un point imaginaire, vers lequel il dirige constamment sa garde, change brusquement de direction, se baisse, se redresse, repart… En fait, ce comportement est plus un symbole qu’une manière de combattre, et on y retrouve l’éternelle quête de l’homme : celle de son identification à l’Univers et à ses lois. En cherchant à imiter le plus exactement possible la nature, où tout est en mouvement fluide et perpétuel, tel qu’il est rappelé dans l’enseignement Taoïste du Ti-jing (loi des 5 éléments du Wu-xing), l’homme vise la découverte de sa vraie nature, qui est celle du Dao. Il faut commencer par apprendre des formes d’évolution pour, au bout d’une longue pratique, toucher à l’Essence de tous ces efforts, qui est le renoncement à toute forme codifiée. Il faut, en toutes chose, apprendre à réagir en fonction d’une réalité toujours changeante, dans l’instant, instinctivement.
Dong Hai-chuna aurait eu 72 disciples. L’enseignement d’origine a donc éclaté en plusieurs courants dont trois importants : le style Cheng (de Cheng Ting-hua : 1848-1900), le style Yin (de Yin Fu : 1841-1909), le style Ma (de Ma Wei-gi), le style Song (de Song Changrong) et le style Liu (de Liu Fen-chun : 1853-1922). Il existe encore trois autres Bagua Quan, dont les deux premiers remontent également au XIXe siècle : celui de Liu Yulong du Hebei, et celui de Li Zhen-qing du Henan (le Yinyangbapan-zhang). Le troisième, le plus ancien de tous puisque remontant à Titan Ru-hong, au XVIIe siècle, du Hebei (le Yinyangbagua-zhang). Ces styles ne sont guère connus hors de Chine.
Les trois styles connus sous le nom générique de « Boxe de l’Ecole Intérieure » sont : Ba-gua-zhang (la main des huit trigrammes), Xing-yi quan (la boxe de la forme et de la pensée) et Tai-ji-quan (la boxe du Faîte Suprême). Elles présentent de nombreuses ressemblances entre elles car elles sont toutes trois fondées sur le principe des cycles du Yin et du Yang, des cinq éléments (Wu-xing : feu, eau, bois, terre, métal) et des huit trigrammes du yi-jing. Fondés dans le Taoïsme, ces trois styles ont des liens très étroits entre eux. Par ailleurs, la deuxième et la troisième générations des maîtres du Ba-gua-zhang ont fondu ensemble ces trois styles de sorte que l’on peut retrouver dans le Ba-gua-zhang des concepts, des postures et des points fondamentaux identiques, à bien des égards, à ceux qui caractérisent le Tai-ji-quan et le Xing-yi-quan.
Mais il existe une différence principale, du point de vue technique, entre le Ba-gua-zhang, d’une part, et le Tai-ji-quan et le Xing-yi-quan d’autre part, dans la mesure où le premier utilise pour son enchaînement la forme du cercle alors que les seconds se font en général en ligne droite.
définitions tirées du livre
« L’Encyclopédie des Arts Martiaux de l’Extrème-Orient »
de Gabrielle et Roland Habersetzer (Editions Amphora, 2004), avec l'aimable autorisation des auteurs et de l'éditeur.
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Sites internet de l'auteur :
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