Dictionnaire
des principaux Arts Martiaux Asiatiques
Iai-jutsu (Bujutsu – Japon)

Aussi Iai, Nudi-ai, Riho, Saya-no-uchi, Za-ai, Bakken ou Batto-jutsu : technique du dégainé du sabre, mise au point par les guerriers professionnels (Samuraï) dans les systèmes de combat (Ken-jutsu) développés au cours du Moyen âge japonais, et qui fut à l’origine du Iaido actuel.

Les origines.

Le but était de tirer le sabre (Ken, Katana) le plus rapidement possible pour porter dans le même mouvement de coupe un coup décisif (écornomie de temps et d’énergie, dans un effet de surprise total). L’origine du Iai est indissociable de l’histoire du Ken-jutsu, la « technique (Jutsu) du sabre (Ken) ». Au cours du temps le sabre devint l’arme la plus noble et la plus prisée de tous les Bujutsu. Il est impossible de savoir ce qui, de toutes les techniques de combat au sabre qui avaient fleuri à partir du XIIIe siècle sous des noms divers appartient spécifiquement au Iai-jutsu, ancêtre du Iaido actuel, qui consiste, seulement, à dégainer tout en essayant de frapper une première fois au cours d’une esquive. Car une fois les sabres au clair sans qu’il n’y ait encore eu supériorité initiale de l’un ou de l’autre, on poursuivait avec les techniques d’escrime du Ken-jutsu. La tradition cependant attribue à un homme la création et l’essor du Iai : il s’agit de Hayashizaki Jinsuke Shigenobu (ou Hojo Jinsuke Shigenobu) et son école du sabre passa dans l’Histoire, sous plusieurs noms différents parmi lesquels Muso-ryu Batto-jutsu.

Une technique défensive.

Pourquoi un tel impact ? Parce que la technique de Jinsuke Shigenobu était une orientation décisive vers la spiritualisation d’une technique du sabre à une époque où les Samuraï désoeuvrés cherchaient un nouveau sens à leurs efforts, une nouvelle raison de se dépasser en suivant l’éthique des valeureux guerriers d’autrefois. Le nouveau style développé par Jinsuke tranchait sur celui de tous les autres, intégrant notamment les théories chinoises du Yin, ou Inn (élément négatif), et du Yang, ou Yo (élément positif), ainsi que l’enseignement Zen du célèbre moine Takuan (1573-1645), voie de la paix intérieure et de l’accomlissement de soi. C’est avec ce dernier qu’apparut l’idée d’une finalité autre à la pratique du sabre que son seul usage en tant qu’arme, l’essence du véritable Iaido actuel. Avec Jinsuke, l’art déjà connu de « tirer le sabre » devint une discipline non agressive, d’emploi strictement limité pendant l’éventuel combat : la technique qu’il préconisait devait rester défensive, voire même évoluer vers un principe de non-combat, faisant de cette technique un cadre pour la recherche spirituelle du guerrier.

La pratique du Iai-jutsu tel que la concevait Jinsuke rejoint ce qui est appelé « forme supérieure dans l’initiative » par tous les arts martiaux (Sen-no-sen) : chercher à pourfendre l’adversaire en dégainant à l’instant précis où celui-ci vient seulement de formuler dans son esprit sa volonté d’attaque… C’est le concept de Kobo-ichi, en vertu duquel action défensive et action de contre-attaque snt fondamentalement identiques, et qui est au cœur même de tous les arts martiaux véritables. C’est en ce sens que l’enseignement de Jinsuke a fait de ses disciples les véritables pionners dans la discipline qui s’appelle aujourd’hui Iaido.

La technique du dégainé, dans un mouvement précis, rapide et fluide, « en travers » du corps (Uchitsuki) était étudiée à partir d’une position assise (Iai-hiza, Iai-goshi), agenouillée (Seiza) ou debout (Tachi), ou en marchant, en se retourvant, en tenant compte d’obstacle à éviter, ce qui donnait au guerrier un sens aigu de la distance. Il fallait aussi pouvoir rengainer, dans un même geste sûr et précis, même dans le noir. Le tout sans partenaire, puisque l’adversaire n’était qu’imaginaire, quoique fortement présent dans l’esprit de l’exécutant. Chaque technique se composait de quatre mouvements séparés (Sho-hatto) mais enchaînés : le dégainé (Nuki-tsuke), le coup décisif (Kiri-tsuke), l’action de faire égoutter le sang de la lame (Chiburi), le retour de la lame au fourreau (Noto).

Les écoles.

Elles furent innombrables, avec l’éparpillement et l’amalgame des techniques des styles d’origine sur trois siècles de transmission. Les héritières actuelles des écoles traditionnelles (Ryu-ha) sont Muso Shinden-ryu, Muso Jikiden Eishin-ryu, Tenshin Shoden Katori Shinto-ryu, Takenouchi-ryu, Omori-ryu. Il existe parallèlement de nombreuses écoles de Bujutsu nées au cours du Moyen âge nippon, qui incluent les techniques du Iai dans leur système de combat : Maniwa Nen-ryu, Yagyu-ryu, Shinkage-ryu, Nen-ryu, Mugai-ryu, Kage-ryu, Chujo-ryu…

A remarquer que le Ninja (Nin-jutsu) avait une technique de dégainé spéciale du fait que son sabre droit (Ninja-to) se portait en bandoulière dans le dos.

définitions tirées du livre
« L’Encyclopédie des Arts Martiaux de l’Extrème-Orient »
de Gabrielle et Roland Habersetzer (Editions Amphora, 2004), avec l'aimable autorisation des auteurs et de l'éditeur.
Cet important ouvrage (7700 termes référencés) peut être obtenu en librairies, dans notre boutique arts martiaux, ou sur Amazon.fr et ed-amphora.fr

Sites internet de l'auteur :
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